Dominique Goblet, " cheveux courts, regard pétillant et bouche rieuse " est illustratrice mais, à vrai dire, son travail est multiple.

Elle dessine, elle peint, elle publie (aux Editions Fréon, son dernier ouvrage " Portraits crachés " est épuisé) et elle expose d’où sa présence à la galerie Pierre Hallet pour une curieuse expérience en deux temps.

En effet, cette jeune maman qui a la garde de sa fille Nikita (8 ans) une semaine sur deux, a décidé que chaque semaine partagée serait l’occasion d’un portrait de l’une par l’autre et que ces portraits seraient consignés dans un carnet, à publier.

Une sorte de mouvement du temps durant lequel la philosophie de Nikita a changé et son dessin a évolué. Pour ne pas (se) lasser, mère et fille utilisent toutes les matières: le crayon gras, la peinture à l’huile, les impressions proches de la gravure, l’essentiel étant de trouver par le regard l’essence de l’autre. Et les portraits se succèdent, parfois ressemblants, parfois moins, mais la ressemblance n’a pas d’importance seule compte l’émotion. Et l’émotion passe d’un visage aux traits marqués à un visage aux traits estompés, des jeux de motifs dans les vêtements au jeu d’une mèche balayant un regard sombre.

Chez l’enfant, on perçoit un sens étonnant de la couleur et une spontanéité propre à l’enfance. Chez la maman, une angoisse sous-jacente non dite et un souci " de se positionner comme garant de la liberté artistique de sa fille ".

Depuis un an, les deux complices font le même travail mais en ajoutant de grands formats ce qui implique pour l’enfant des contraintes, de taille par exemple.

Le projet devrait durer 10 ans... Ce qui fait tout de même frémir mais l’enfant y est, parait-t-il, accrochée.

Chez Hallet, 6 diptyques, les carnets et les doubles portraits de petit format sont exposés. Ils font réfléchir.. A noter que Dominique et Nikita ont été lauréates du Prix Médiatine, l’an dernier.

Par ailleurs, Dominique Goblet expose quelques planches originales de sa BD " Le souvenir d’une journée parfaite " où l’on ne peut qu’admirer son travail d’illustrateur au graphisme narratif incisif.

Ces grands " tableaux " sur papier se lisent comme une histoire morcellée où se côtoient en pagaille les hommes, les enfants, les bêtes, les sapins, la maison.

La vie quoi, avec ses joies, ses tourments, ses questionnements...

Même une BD n’est jamais anodine.

Stephane Rey


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